Il y a des voyages qui commencent bien avant le départ : ils naissent parfois dans une maison modeste, dans un quartier populaire, au contact d’un grand-père malade ou d’une personne âgée oubliée de tous.
Pour Albeiro Vargas, tout commence à Bucaramanga, en Colombie, alors qu’il n’a que six ans. Dans la zone nord de la ville, il découvre la solitude et la précarité de nombreuses personnes âgées. Il ne possède pas grand-chose, mais il leur apporte ce qu’il peut : de la présence, de l’affection, quelques aliments et surtout la sensation de ne pas être totalement abandonnées.
Après la mort de son grand-père, Albeiro poursuit cette relation avec les anciens de son quartier. Peu à peu, le groupe grandit. Des enfants le rejoignent et deviennent à leur tour des « anges gardiens », participant aux visites et aux actions de solidarité. Une initiative née dans l’intimité d’une famille se transforme alors en une véritable œuvre collective.
En 1988, son histoire attire l’attention d’un journaliste de Vanguardia Liberal, Euclides Ardila, qui le surnomme « l’ange de la zone nord ». Ce premier article contribue à faire connaître son engagement au-delà de Bucaramanga.
Quelques années plus tard, son parcours traverse les frontières. Le journaliste et réalisateur français Tony Comiti découvre son histoire et se rend en Colombie pour observer directement le travail accompli par l’enfant et les autres jeunes bénévoles. Le documentaire Le petit ange de Colombie contribue à faire connaître Albeiro en France.
Albeiro vient ensuite plusieurs fois dans notre pays, dès 1991, alors qu’il est encore très jeune. Ce voyage n’est pas celui d’un simple invité. Il devient une manière de raconter ce qui se passe à Bucaramanga, de sensibiliser le public, de rencontrer des soutiens et de donner une visibilité internationale à une cause profondément locale.
C’est aussi ce qui rend son parcours particulièrement touchant : son histoire ne se résume pas à un départ spectaculaire vers l’étranger. Elle repose sur un mouvement constant entre deux mondes. D’un côté, la Colombie où il agit concrètement auprès des personnes âgées. De l’autre, la France et les pays qui découvrent son combat et peuvent contribuer à le soutenir.
Aujourd’hui, la Fundación Albeiro Vargas y Ángeles Custodios poursuit cette mission à Bucaramanga. Elle accompagne des personnes âgées vulnérables et défend un modèle fondé sur la solidarité entre les générations. L’association des Amis d’Albeiro, créée en France, contribue également à renforcer les liens entre les deux pays.
J’ai souhaité donner la parole à Albeiro à travers un témoignage vidéo produit par Onickz Artworks. Il y revient sur son parcours, son enfance, les rencontres qui ont changé sa vie et la naissance de cet engagement qui l’a conduit bien au-delà de son quartier.
Je consacrerai prochainement un article plus personnel à mes propres voyages en Colombie, de Bogotá à l’Amazonie, en passant par Bucaramanga. Je raconterai ces itinéraires, ces territoires très différents et les rencontres qui donnent parfois au voyage une dimension inattendue.
Car un carnet de voyage ne se résume pas à une succession de paysages : il est aussi fait de visages, de voix et d’histoires que l’on rapporte avec soi.
L’histoire d’Albeiro Vargas est l’une de ces rencontres à distance qui donnent envie de mieux comprendre un pays. Elle relie Bucaramanga à la France, l’enfance à l’engagement, et le voyage à une forme très concrète de solidarité.
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