Quelques jours sur la côte Est des États-Unis, entre Washington DC, Baltimore et Wilmington dans le Delaware. Trois villes assez proches géographiquement, mais trois atmosphères radicalement différentes. Ce voyage de 2013 m’a laissé quelques images très précises : le calme presque étonnant de Washington, les collections extraordinaires du Smithsonian, les rues de Baltimore que je connaissais déjà par The Wire, et une Saint-Patrick assez improbable dans les rues de Wilmington.

Washington DC, une capitale étonnamment paisible
Washington m’a d’abord surpris par sa tranquillité. Je m’attendais sans doute à une capitale politique plus nerveuse, plus dense, presque oppressante. J’y ai au contraire découvert de grands espaces, des perspectives monumentales et une impression de calme assez particulière pour une ville qui concentre une telle quantité de pouvoir.
Il y a évidemment la Maison-Blanche, que l’on a tellement vue dans les journaux, les films et les séries qu’elle semble presque familière avant même de l’avoir réellement devant soi. Puis le National Mall, les mémoriaux, les longues avenues et cette architecture officielle qui transforme parfois la promenade en décor de cinéma.

Les musées du Smithsonian : une raison suffisante pour revenir
Une grande partie de mon séjour à Washington s’est naturellement passée dans les musées du Smithsonian. C’est probablement l’un des endroits au monde où l’on peut passer aussi facilement de l’histoire politique américaine à la conquête spatiale, puis à la culture populaire.
Le National Air and Space Museum est évidemment incontournable pour qui s’intéresse un minimum à l’image, à la technologie, aux avions ou à l’exploration spatiale. Les appareils et objets exposés donnent soudain une dimension très concrète à des événements que l’on connaît souvent uniquement par les livres, les documentaires ou les archives télévisées.
Mais j’ai probablement passé autant de temps au National Museum of American History. C’est là que la grande histoire des États-Unis rencontre sa culture populaire. On peut se retrouver quelques minutes devant Kermit la grenouille, puis devant les célèbres chaussures rouges portées par Judy Garland dans The Wizard of Oz. Ces objets paraissent presque anecdotiques à première vue, mais racontent à leur manière plusieurs décennies d’imaginaire américain.

Lincoln, les mémoriaux et l’Amérique mise en scène
Washington possède également quelque chose de très cinématographique dans sa manière de mettre en scène son propre récit national. Le Lincoln Memorial, le Washington Monument, les perspectives du Mall et les bâtiments fédéraux composent un paysage immédiatement identifiable.
On a parfois l’impression de connaître ces lieux avant même de les visiter tant ils ont été photographiés et filmés. Mais leur échelle réelle, la distance entre les monuments et surtout l’espace qui les entoure ne se comprennent qu’en marchant.

Revenir à Washington au printemps
Il me reste surtout une excellente raison de retourner à Washington : découvrir la ville au printemps, lorsque les cerisiers fleurissent autour du Tidal Basin. J’aimerais revoir les mêmes perspectives avec cette lumière et ces milliers de fleurs pâles autour du Jefferson Memorial et du bassin.
Ce serait également l’occasion de retourner dans certains musées et de découvrir plus longuement l’International Spy Museum, consacré à l’histoire et aux techniques de l’espionnage. Washington est finalement une ville qui se prête particulièrement bien à plusieurs voyages : quelques jours suffisent pour en saisir l’atmosphère, mais certainement pas pour en épuiser les musées.
Wilmington, Delaware : loin de l’Amérique touristique
À moins de deux heures de Washington, changement complet d’atmosphère avec Wilmington, dans le Delaware. On quitte ici les grandes images touristiques américaines pour une ville beaucoup plus quotidienne.
J’y ai notamment eu l’occasion de donner un coup de main au St. Patrick’s Center, une association de Wilmington qui accompagne depuis des décennies des habitants en difficulté en proposant notamment repas, aide alimentaire, vêtements et différents services sociaux. C’est aussi ce type d’expérience qui donne une autre dimension à un voyage : quelques heures à participer à la vie d’une ville plutôt que simplement la traverser.

Le séjour a également coïncidé avec les célébrations de la Saint-Patrick à Wilmington. J’ai ainsi eu l’expérience assez surréaliste de marcher dans la parade avec Beau Biden, alors procureur général du Delaware et fils du vice-président Joe Biden. Une parade évidemment très encadrée par la sécurité, mais avec cette proximité assez typiquement américaine entre responsables politiques, associations locales et habitants. Beau Biden est mort deux ans plus tard, en 2015.
Baltimore sur les traces de The Wire
Et puis il y a Baltimore. Impossible pour moi d’arriver dans la ville sans penser à The Wire. J’avais suffisamment regardé et analysé la série pour avoir envie de retrouver certains quartiers, rues, perspectives et bâtiments aperçus à l’écran.
Chercher ces lieux permet aussi de découvrir une ville autrement. Baltimore ne se résume évidemment pas au territoire social extrêmement dur montré par David Simon. Il y a aussi son port, ses anciens docks, les quartiers proches de l’eau et cette identité maritime qui reste très présente.
Et puisqu’il fallait pousser l’enquête jusqu’au bout, il fallait goûter l’un des classiques de Baltimore : le Maryland crab cake. Beaucoup de chair de crabe, très peu de remplissage, juste ce qu’il faut d’assaisonnement. Celui que j’ai mangé près des docks reste encore aujourd’hui mon étalon personnel du crab cake parfait.
Trois villes, trois Amériques
Washington, Baltimore et Wilmington sont suffisamment proches pour être réunies dans le même voyage et suffisamment différentes pour donner l’impression d’avoir traversé plusieurs Amériques.
Washington déroule le récit monumental et politique du pays. Baltimore montre une Amérique portuaire, populaire et complexe. Wilmington offre quelque chose de plus intime, loin des itinéraires touristiques classiques.
Il me reste des photographies, quelques souvenirs très précis et surtout l’envie d’y retourner. Washington au printemps, cette fois. Les cerisiers en fleurs, un appareil photo, quelques journées devant moi et probablement encore beaucoup trop de musées à visiter.
